L'IRAN SUR LA LISTE NOIRE DU GAFI ALORS QUE LE PAKISTAN RESTE SUR LA LISTE GRISE

Pour rendre le monde plus sûr contre le terrorisme international en restreignant les finances qui l’alimentent, le Groupe de travail intergouvernemental mondial sur la surveillance financière (GAFI) a décidé vendredi dernier de continuer à placer l’Iran sur sa «liste noire». Entretemps, il a maintenu le Pakistan à un niveau inférieur à sa liste grise. Le GAFI, dont le siège est à Paris, est un organisme de 40 membres qui suit les finances mondiales pour lutter contre le blanchiment d'argent et contre le financement du terrorisme et prépare une liste dans deux catégories différentes en plaçant les pays soumis, à servir comme conseil à la communauté internationale pour prendre note lors de leur transactions financières avec eux. La mise sur liste noire d'un pays par le GAFI signifie qu'il est le plus risqué de traiter financièrement avec ce pays et la `` liste grise '' est un degré meilleur que la liste noire indiquant que le pays concerné prend les mesures souhaitées pour lutter contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, mais nécessite encore de faire plus.

Par coïncidence, la mise sur liste noire de l'Iran a été annoncée le jour où l'Iran a procédé à ses élections parlementaires au cours desquelles les conservateurs devraient remporter une victoire majeure en raison de l'approbation de la majorité des candidats réformistes par son puissant organe, le Conseil des gardiens. Cette élection se déroule dans le contexte d'une tension accrue entre l'Iran et les États-Unis en raison du retrait de Washington de l'accord sur le nucléaire et de son imposition de sanctions paralysantes contre l'Iran, provoquant un large mécontentement économique parmi le peuple iranien et le conduisant à participer à d'intenses protestations publiques et l'apathie qui en résulte dans cette élection.

Alors que le régime iranien s’attendait à poursuivre l’accord nucléaire en trouvant un autre mécanisme financier avec l’Europe, l’annonce de la liste noire du GAFI pour l’Iran compliquerait encore les choses pour atteindre cet objectif. Cela, ainsi que la consolidation du pouvoir par les conservateurs grâce à une victoire majeure au Parlement, devraient intensifier encore l'impasse entre l'Iran et les États-Unis.

En fait, le nom de l'Iran sur la liste noire du GAFI est également une conséquence directe des combats entre factions en Iran, entre les réformistes et les conservateurs, car la législation requise qui aurait exempté l'Iran de figurer sur la liste noire du GAFI a été adoptée par le Parlement à majorité réformiste sous la direction du Président Hassan Rouhani, mais a été bloqué par le Conseil des gardiens qui est dominé par les conservateurs.

Le Pakistan, qui a des antécédents de financement du terrorisme et qui a été à l'origine de nombreuses attaques terroristes en Inde et ailleurs, a été pour l'instant conservé par le GAFI dans sa liste grise malgré le lobbying d'Islamabad auprès des États-Unis pour son retrait de cette liste. Contrairement à Iran, le GAFI a pour l'instant dispensé le Pakistan de figurer sur la liste noire sur la promesse du Premier ministre Imran Khan de déraciner le financement du terrorisme de son système.

Le Pakistan, qui figurait auparavant sur la liste grise du GAFI de 2012 à 2015, a de nouveau été classé dans cette catégorie en 2018 sur l'insistance des États-Unis. Le GAFI a critiqué le Pakistan pour ne pas en faire assez, mais Islamabad a reçu le soutien de la Chine ainsi que de la Malaisie et de la Turquie pour l'aider à être exempté de figurer sur la liste noire. Il est entendu que l'exemption du Pakistan est également due à son rôle crucial dans les négociations en cours entre les États-Unis et les Taliban qui pourraient permettre le retrait des États-Unis de l'Afghanistan ainsi que son rôle potentiel dans la quête des États-Unis d'isoler l'Iran. À une époque où le Pakistan fait face à une crise économique et où Imran Khan s'efforce de trouver une solution, le nom du Pakistan sur la liste noire du GAFI aurait été désastreux pour le pays.

Bien que le nom de l'Iran sur la liste noire soit sûr de créer de nouvelles difficultés économiques pour le pays, il est peu probable qu'il soit retiré de cette liste dans un proche avenir à moins que la dynamique ne change à travers une sorte de négociation avec les États-Unis. On espère que le Premier ministre pakistanais Imran Khan tient ses promesses et freine le financement du terrorisme et les actes terroristes pour faire avancer son pays sur une voie pacifique.

Texte du Dr. ASIF SHUJA, chercheur principal, Middle East Institute,Université nationale de Singapour.

Traduction : SAVIT P.TANEJA, Responsable du service français d’ESD, AIR.

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