LE PAKISTAN EST SUSCEPTIBLE DE RESTER SUR LA «LISTE GRISE»

Le Pakistan semble confiant de sortir de la «liste grise» du Groupe d'action financière (GAFI) basé à Paris, le chien de garde mondial du financement antiterroriste, lors de sa prochaine plénière virtuelle prévue cette semaine. C'est du moins l'impression que le ministre des Affaires étrangères du Pakistan, Shah Mehmood Qureshi, donne au monde depuis un certain temps maintenant. M. Qureshi a récemment déclaré lors d'un rassemblement à Multan que le Pakistan serait hors de la liste grise «très bientôt» car il s'est conformé aux exigences du GAFI sur le financement du terrorisme. Il a téléphoné à ses homologues de Turquie, de Malaisie et de l'Arabie saoudite, en apparence pour les convaincre des mesures prises par Islamabad à cet égard. Le ministère pakistanais des Affaires étrangères a également revendiqué des progrès significatifs à cet égard.

Cependant, ces affirmations démentent la réalité. Ce que le Pakistan a vraiment fait, ce sont des revendications vaines. Sont-ils suffisants pour répondre aux exigences du GAFI? Des examens mondiaux indépendants indiquent qu'il reste encore beaucoup à faire. En ce qui concerne l'action contre les terroristes individuels interdits; Le Pakistan a arrêté le chef du LeT Hafiz Saeed et l'a condamné à 11 ans de prison. Mais il a dit au monde que d'autres comme Zaki-ur-Rehman Lakhvi et le chef de Jaish-e-Mohammad Masood Azhar sont introuvables. Personne ne pense que des terroristes de tels profils peuvent disparaître au Pakistan pendant des années. De toute évidence, il s'agit d'une couverture pour les protéger. En outre, il n'y a pratiquement pas eu de condamnations de terroristes désignés par l'ONU liés aux groupes comme l’Al Qaida et le réseau Haqqani.

Personne ne sait ce qui est arrivé aux 6500 terroristes identifiés par le rapport des équipes de surveillance de l'ONU en mai de cette année. L'année dernière, le Pakistan a retiré jusqu'à 4 000 terroristes de sa liste formulée en vertu de sa loi antiterroriste. Les personnes reconnues coupables sont inculpées de délits mineurs, punies légèrement et libérées après de brefs emprisonnements. Abdul Rehman Makki, beau-frère de Hafiz Saeed impliqué dans des actes de terrorisme en Inde est un terroriste désigné par les États-Unis en 2010 qui porte une prime de 2 millions de dollars sur sa tête a été condamné à une amende de 20 000 roupies et condamné pendant 18 mois par un tribunal anti- terroriste, qui a ensuite été suspendu par le tribunal de Lahore. Les affaires contre des terroristes sont présentées de manière si désinvolte que 196 terroristes arrêtés ont été libérés par les tribunaux l'année dernière.

Islamabad a fait adopter 3 lois antiterroristes le mois dernier lors de la session conjointe du Parlement, mais il reste à voir dans quelle mesure elles sont appliquées. En tout cas, la pénurie de lois antiterroristes n’a jamais été le problème au Pakistan, mais leur mise en œuvre a toujours été un problème.

Le rapport d’examen du Groupe Asie-Pacifique (GAP) du GAFI publié récemment a conclu que les efforts faits par le Pakistan concernant les 40 recommandations du GAFI sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme sont restés les mêmes que l’année dernière. Il a déclaré que le Pakistan, malgré peu de progrès dans le traitement de la conformité technique, continuera donc à rester dans la liste de suivi « augmenté » à laquelle il a été rétrogradé l'année dernière de la liste de suivi «régulier » et fera rapport à GAP sur les progrès réalisés pour renforcer sa mise en œuvre des mesures.

Le Pakistan a besoin du soutien d'au moins 3 des 39 membres du GAFI pour éviter d'être inscrit sur la liste noire, ce qui, selon les termes du Premier ministre Imran Khan, ruinerait son économie. Islamabad aurait besoin du soutien d'au moins 12 membres pour sortir de la liste grise. Avec l'appui de la Chine, de la Turquie et de la Malaisie, le Pakistan continuera probablement de figurer sur la liste grise. Il serait extrêmement difficile pour le Pakistan d'obtenir le soutien des 9 autres membres nécessaires pour sortir de la liste grise. Cela signifierait qu’Islamabad serait probablement privée de financement par des institutions telles que la Banque mondiale, le FMI, la Banque asiatique de développement et l’Union européenne, mettant ainsi en péril sa santé économique.

L'écriture sur le mur pour le Pakistan est très claire. S'il souhaite sortir de la liste grise, il doit agir sérieusement contre les terroristes. Le clin d'œil et le lobbying pour impressionner la communauté internationale ne marcheront pas.

Texte rédigé par: ASHOK HANDOO, commentateur politique

Traduction : SAVITA P. TANEJA, Responsable du service français d’ESD, AIR.

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